Sri Lanka, plantation de thé à Nuwara Eliya (© Sylvie Strobl)

dimanche 11 novembre 2012

Kampuchéa

Patrick Deville
Points n°2859


En 1860, alors qu'il chasse le papillon au milieu de la jungle cambodgienne, Henri Mouhot - modeste lépidoptériste français - découvre les ruines de la formidable cité d'Angkor. Même si ce sont "les bestioles" qui l'intéressent, Mouhot entreprend d'effectuer un relevé des monuments, prenant peu à peu conscience qu'il s'agit là d'une oeuvre "qui n'a jamais eu son équivalent sur le globe". 
Il y a dans l'aventure de cet homme à la fois tant d'innocence et un tel impact sur l'histoire du Cambodge et de ses relations avec la France que Patrick Deville n'hésite pas à revoir la ligne du temps et à "remplacer 1860 par l'année Mouhot, l'année zéro, à partir de laquelle tout événement serait daté av. H.M. ou apr. H.M.".

Un siècle plus tard, le 17 avril 1975, l'Angkar - parti communiste du Kampuchéa dirigé par Pol Pot - vide Phnom Penh de ses habitants en 24 heures. Près de deux millions de Cambodgiens meurent durant les 4 années qui suivent et ceux qui survivent restent marqués à jamais par les conditions de vie atroces imposées par les Khmers rouges.

Patrick Deville s'empare de ces deux événements au moment où s'ouvre à Phnom Penh le procès des Khmers rouges et de Douch, figure emblématique du régime. Il nous mène à travers le temps et l'histoire du pays, mais plus largement de l'Indochine, dans une sorte de kaléidoscope de visages, d'images... où l'on croise au hasard d'une boucle du Mekong Loti, Conrad ou encore Malraux.

Considéré comme un roman, Kampuchéa se présente avant tout comme un récit éclaté : à la manière d'un puzzle composé d'une cinquantaine de chapitres, il dessine peu à peu un visage du Cambodge. Encore faut-il, pour en apprécier la lecture, avoir un minimum de repères historiques et chronologiques. Et encore... Qui n'a pas emprunté des chemins de traverse, sans savoir où ils allaient le mener ? "Ne demande pas ton chemin à quelqu'un qui le connaît, tu risquerais de ne pas te perdre" (Rabbi Nachman de Breslau).

Ce 5 novembre 2012, Patrick Deville a été couronné par le prix Femina pour son roman "Peste et choléra" publié au Seuil.

Si l'on souhaite approfondir sa connaissance du Cambodge et surtout de cette période tragique où le pays fut dominé par les Khmers rouges, on lira aussi "Le portail" de François Bizot : cet ethnologue français fut arrêté parce que soupçonné d'être un agent de la CIA et détenu durant trois mois dans la jungle. Interrogé à de multiples reprises par Douch, il sera relâché et témoignera des années plus tard de son expérience et de la curieuse relation qu'il noua avec son geolier. (Folio)

Dans l'enceinte d'une pagode de Phnom Penh, mars 2007 (© sylvie Strobl)

4 commentaires:

  1. Tel un lépidoptère, j'ai butiné cette chronique.
    En cette année 152... je me suis éclaté à la lecture de ce récit (facileA la semaine prochaine..
    Phil...

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  2. Découvert grâce à Sun Jae, je vais m'empresser de mettre ce blog dans mes favoris !
    J'aime la lecture, les voyages et la photo.
    Quant à Patrick Deville, il fait partie des auteurs que j'apprécie beaucoup.

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  3. Bonjour Miss Sunalee et bienvenue !
    Nous sommes en pays de connaissance car je suis une fidèle lectrice de ton blog sur lequel je me suis déjà manifestée à l'une ou l'autre occasion. Et pour ma part, très investie au Cambodge où je retourne prochainement !
    Je me réjouis de te compter parmi mes lecteurs.
    Belle journée !

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