Sri Lanka, plantation de thé à Nuwara Eliya (© Sylvie Strobl)

lundi 11 août 2014

Neige

Maxence Fermine
Points n°804


Yuko a 17 ans : l'âge de tous les possibles. L'âge, pour ce fils de prêtre shintoïste, de choisir un métier. Dans la famille du jeune homme, on se partage entre la religion et l'armée. Mais Yuko rêve d'autre chose. Au grand dam de son père, il veut devenir poète et consacrer son existence à écrire des haïku et à "regarder passer le temps".
Outre la poésie, Yuko a une autre passion : la neige. "La neige est un poème. Un poème d'une blancheur éclatante. Elle recouvre en janvier la moitié nord du Japon. Là où vivait Yuko, la neige était la poésie de l'hiver". Alors chaque jour, Yuko part dans la montagne, s'installe au même endroit et compose des poèmes sur la neige.

Jusqu'au jour où le poète officiel de la cour découvre les oeuvres du jeune homme et les trouve de belle facture. Toutefois, il y décèle un petit défaut : les mots utilisés par Yuko pour chanter la neige manquent de couleur. Ce qui lui fait défaut, c'est la connaissance d'autres formes artistiques : sait-il danser, peindre, calligraphier, composer ? "La poésie est avant tout la peinture, la chorégraphie, la musique et la calligraphie de l'âme. Un poème est un tableau, une danse, une musique et l'écriture de la beauté tout à la fois". Seul un maître peut enseigner toutes ces disciplines à Yuko et l'aider à faire vibrer ses mots : l'ancien samouraï et vieux peintre aveugle Soseki. Le jeune artiste s'engage donc dans un voyage à travers les montagnes enneigées pour rejoindre le vieil homme et bénéficier de son enseignement. Entre l'élève et le maître, la compréhension et la transmission seront totales et d'autant plus fortes que l'image entrevue par Yuko d'une jeune femme enterrée dans un cercueil de glace feront renaître, chez Soseki, les émois d'un amour passé.

Totalement épuré, ce premier roman de Maxence Fermine m'a séduite par sa justesse de ton et d'écriture. L'auteur y fait preuve d'un grand talent et d'une réelle maîtrise des mots. Aucun n'est superflu, aucun ne fait défaut. D'une grande poésie, rédigé en courts chapitres, Neige est une invitation à la lenteur, à la contemplation, à la méditation. Univers de douceur floconneuse sans mièvrerie à savourer, à lire et à relire pour s'en imprégner, en saisir toutes les sonorités et les nuances. 

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